Santé sexuelle : comment y parvenir et la conserver ?

Iv Psalti, Christine Reynaert, Pierre Vico, Marco Schetgen, Yvon Dallaire, Lionel Buron

Résumé : Dans notre pratique clinique de sexologue, la facilité consiste à se cacher derrière ces termes consensuels : « En sexualité, il n’y a pas de norme ». La réalité est plus complexe et il apparait fondamental de donner aux patients curieux et motivés, des conseils et outils basés sur certaines normes ou certains principes issus de données probantes et validées, pour leur apprendre à parvenir et à maintenir leur santé sexuelle sur le long terme. Nous avons éthiquement le devoir de leur faire découvrir ce que sont l’hygiène sexuelle et le bien-être sexuel aussi bien au plan personnel que conjugal. Donnons-leur des conseils comme : « pratiquez souvent les 3 activités sexuelles (fantasmes, masturbations, rapports sexuels) », « Améliorez votre image corporelle », « Érotisez votre corps », « Travaillez votre estime et votre confiance en vous », « Apprenez les stratégies (ou dynamiques) des couples heureux ». 

Table des matières

Introduction

D’après vous qu’est-ce qu’une sexualité normale ? Comment l’évaluer, la qualifier et la quantifier comme dans toute autre discipline de santé générale ? Existe-t-il des normes satisfaisantes en santé sexuelle ? Peut-on parler d’hygiène sexuelle de la même manière qu’on le ferait dans n’importe quel autre domaine de santé du corps humain ? Si oui, quels sont les déterminants et les bonnes pratiques sexuelles à prendre en considération pour aboutir à une santé sexuelle optimale ? L’orgasme est-il la preuve ultime au lit ? Est-il possible d’apprendre aux jeunes à développer une sexualité positive dans le contexte actuel de sexualité connectée en pleine crise sanitaire et identitaire, confinée dans les stéréotypes de la cybersexualité ? Existe-t-il des schémas du cycle du bonheur et de l’amour comme dans toutes les autres disciplines ? Est-ce que l’éducation sexuelle se limite à une tranche d’âge ? Ou est-il vrai qu’en matière de santé sexuelle on peut toujours (ré)apprendre, adultes et séniors, à s’améliorer personnellement ou dans sa relation de couple ? Existe-t-il des clefs pour ouvrir une communication positive au sein du couple ? Quels sont les enjeux et les outils indispensables pour former un couple heureux ?

Les sexologues de l’ « Association Francophone de la Promotion de la Santé Sexuelle » (AFPSS) tentent de donner des pistes de réponses à ces questions et restent ouverts à toutes celles que vous n’osez poser.

Ici, le mot ‘santé’ est pris dans son sens de fonctionnement régulier et harmonieux de l’organisme pendant une période appréciable (Dictionnaire Culturel en langue française, Le Robert, 2005). Dans cette optique, être en bonne santé sexuelle suppose garder pendant longtemps une réponse sexuelle, c’est-à-dire les facultés d’avoir du désir sexuel, plaisir et orgasme.

L’objectif de l’AFPSS est de réunir autour du projet qu’est l’amélioration de la santé sexuelle, des sexologues, des thérapeutes conjugaux et autres spécialistes du domaine de la sexologie qui apporteront « la bonne parole » au grand public.

Afin d’ouvrir le débat sur ce que peuvent être les critères de la santé sexuelle, nous présentons nos positions en matière de normes, de sexualité positive, de couples heureux, pour aider tout un chacun à s’approprier sa sexualité singulière qui n’a pas fini de nous surprendre. Ici, nous mettons plus l’accent sur la physiologie sexuelle que sur les troubles sexuels.

1. C’est quoi une sexualité normale ?

Nous pouvons envisager le terme « norme » dans deux de ses sens :

  1. Un état habituel, ordinaire, régulier, le plus courant, conforme à la majorité des cas. Il renvoie à un état mesurable physique et/ou mental commun à la majorité les individus sans distinction d’époque, de religion, de culture, d’âge, etc. Le sexologue ne devrait-il pas parler de la santé sexuelle en termes d’ « hygiène et bien-être sexuels » avec certaines normes là aussi, comme le ferait un médecin avec son patient ?
  2. Une valeur qui serait idéale ou meilleure ou bien un modèle à atteindre : imago de l’extase et de la performance. La majorité de la population n’est pas sexophile1, mais le sexologue se doit d’aider le patient curieux et motivé à accéder à une compétence sexuelle en apprenant à donner, recevoir et prendre du plaisir.  Pas étonnant que pour le commun des mortels, avoir une sexualité « normale » semble aussi inaccessible que d’atteindre l’Everest.

Parler de sexualité apparait difficile pour la plupart des médecins démunis, donc mal à l’aise, car peu formés à la sexualité au cours de leur cursus universitaire.

Pourtant, le vécu sexuel est sans conteste le marqueur le plus significatif de la qualité de la relation de couple, de son niveau de complicité émotionnelle, et de son degré d’expérimentation sexuelle.

Pour éviter de laisser le patient se faire envahir par les peurs ou les fausses croyances, le sexologue a pour rôle premier de le sensibiliser à la santé sexuelle à tous les âges de la vie, dans toutes les situations ou tous les évènements qu’il traverse. Aborder avec son patient « l’hygiène sexuelle » nous semble primordial.

Une norme n’est pas présentée pour stigmatiser le patient, mais pour l’aider à se repérer et à prendre conscience qu’il peut améliorer sa santé sexuelle.

 

  • C’est quoi l’hygiène sexuelle ?

 

Si un patient avoue au sexologue n’avoir qu’une seule relation sexuelle par mois, qu’il ne se masturbe jamais, qu’il n’a pas de fantasme et lui demande : « Suis-je dans la norme ? ». Il pourrait répondre : « Oh ! vous savez, il n’y a pas de norme quant à la fréquence d’activités sexuelles ! »

Pour diverses raisons, on ne veut pas mettre dans l’embarras la personne ou ne pas lui ajouter un complexe en le comparant à une norme. Cela n’empêche pas, en agissant ainsi, que nous n’aidons pas nos patients. En matière de sexualité, fixer des normes est évidemment compliqué puisque celle-ci est influencée par des codes culturels, religieux, sociaux, médiatiques, voire statistiques. Cela peut enfermer l’individu dans un cadre pressurisant incompatible avec le relâchement nécessaire à une sexualité épanouie. Les normes sur lesquelles nous pouvons nous appuyer nous ramènent à notre éthique de soins en sexologie positive. Notre technique et nos outils se doivent d’amener nos patients à vivre leur sexualité de manière volontaire, agréable, rehaussant l’estime de soi, dénudé de culpabilité. Au sein du couple, considérer une intimité fondée sur l’amitié, les sentiments amoureux et le sexe conduisent à un meilleur équilibre mental et affectif. Quoi de plus normal pour le coup ?

Si un patient se rend chez son médecin et lui avoue qu’il fume deux paquets de cigarettes par jour, accompagné de toute une bouteille de whisky, est-il déontologiquement envisageable que le docteur lui dise : « Oh ! Vous savez, il n’y a pas de norme » ? Non, il lui annoncerait que pour atteindre une bonne santé générale, il faudrait avoir une bonne hygiène de vie.

Pour y arriver et pour la maintenir, il lui faudrait avoir une alimentation équilibrée et saine, pratiquer une activité physique, bien s’hydrater, dormir suffisamment, éviter de fumer, boire maximum 14 équivalents alcool par semaine et prendre le temps pour se relaxer.

Pourquoi cette même démarche ne pourrait-elle pas tout simplement s’appliquer à notre vie sexuelle ? Cette hygiène sexuelle que nous préconisons inclut aussi quelques normes : pratiquez au mieux les 3 activités sexuelles (fantasmes, masturbations, rapports sexuels), améliorez votre image corporelle, érotisez votre corps, travaillez votre estime et votre confiance en vous, apprenez les stratégies ou dynamiques des couples heureux.

Faut-il donner ces informations à tous les patients ? Non, bien entendu ! Seulement aux personnes intéressées et motivées. Comme le rapporte si bien le sexologue québécois André Dupras2 :

« Notre finalité ne serait plus de rétablir la santé sexuelle de quelqu’un qui n’en a cure, mais d’aider des amateurs (au sens étymologique) à se perfectionner, évoluer, se développer. Le but de la sexologie ne serait plus alors une impossible thérapie. Mais l’épanouissement affectif et sexuel de personnes intéressées à vivre pleinement l’art de la rencontre sexuelle, et peut-être à faire de leur vie affective et sexuelle une véritable œuvre d’art ».

Déontologiquement, nous devrions prévoir des règles de comportement relevant des bonnes pratiques professionnelles et fournir au patient « curieux et motivé » les éléments qui aident à atteindre une bonne hygiène et une bonne santé sexuelles.

 

  • Peut-on parler de santé sexuelle versus santé générale ?

 

D’après la définition de l’OMS de 1946, la santé est « un état de bien-être physique, mental et social complet, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Elle implique la satisfaction de tous les besoins fondamentaux de la personne, qu’ils soient affectifs, sanitaires, nutritionnels, sociaux ou culturels. René Dubos3 présente en 1973 la santé comme :

« La situation dans laquelle l’organisme réagit par une adaptation tout en préservant son intégrité individuelle. C’est l’ état physique et mental relativement exempt de gênes et de souffrances qui permet à l’individu de fonctionner aussi longtemps que possible dans le milieu où le hasard ou le choix l’ont placé ».

Il existe un domaine où santé générale et santé sexuelle se rejoignent : le cancer de la prostate. Pour des raisons encore mal connues actuellement, une étude australienne4 de 2004 effectuée sur 1529 hommes en bonne santé et 1079 atteints de tumeurs prostatiques démontre que ceux qui éjaculent au moins 20x/mois diminuent leur risque de cancer de 1/3 par rapport à ceux qui sont dans la moyenne de 4 à 7x/mois. D’autres études, britanniques et américaines, réalisées ultérieurement, montrent que des éjaculations fréquentes (4 à 5 fois par semaine) diminuent le risque du cancer de la prostate de 20 à 30 %.

2. Quels sont les prérequis d’une bonne santé sexuelle ?

La première définition de la santé sexuelle de l’OMS est écrite en 1972 et publiée en 1974. La santé sexuelle se définit comme étant l’intégration des aspects somatiques, émotionnels, intellectuels et sociaux du bien-être sexuel en ce qu’ils peuvent enrichir et développer la personnalité, la communication et l’amour.

Elle suppose avant tout que la rencontre sexuelle se réalise avec le consentement libre et conscient de l’autre. Ces critères ont évolué depuis lors et plusieurs auteurs y ont ajouté leurs touches personnelles. En résumé, la santé sexuelle comprend les habilités suivantes :

  • Intégrer les aspects somatiques, émotionnels, intellectuels et sociaux du bien-être sexuel ;
  • Être en accord avec une éthique sociale et personnelle ;
  • Être libérée de la peur, de la honte, de la culpabilité et des préjugés qui peuvent inhiber la réponse sexuelle et retentir négativement sur la relation sexuelle ;
  • Sur le plan organique, avoir une bonne santé des organes sexuels (internes et externes) qui mène à une réponse physique correcte avec une capacité d’éprouver du plaisir et d’avoir un (des) orgasme(s) ;
  • Sur le plan fonctionnel, développer son savoir-être dans son corps, habiter et se reconnaitre dans son image corporelle ; elle prévoit l’acceptation de soi, de se plaire comme on est, en apprenant à vivre avec d’éventuels défauts physiques et ceux liés à l’âge ;
  • Prendre en charge préventivement et curativement des troubles organiques, des IST ou des déficiences qui pourraient interférer avec les fonctions sexuelles ;
  • Informer les personnes qui ont des problèmes de santé physique ou mentale (diabète, maladies vasculaires, problèmes de prostate, cancer, dépression, etc.) et qui n’ont pas une bonne santé sexuelle, qu’une approche sexologique peut les aider et leur donner goût à la vie ;
  • Apprendre à bien faire l’amour ;
  • Se faire soigner si on présente un trouble sexuel.

Cependant, peu de personnes donnent les bons outils pour y parvenir.

 

  • Concrètement, de quelle sexualité parle-t-on ?

 

Quand on parle de sexualité, il faut tenir compte de toutes les activités sexuelles : aussi bien la sexualité relationnelle, celle qu’on partage avec une personne, que la sexualité personnelle, celle que l’on pratique tout seul, comme entrer dans un fantasme et se masturber. Les bienfaits de la sexualité personnelle ne sont plus à démontrer : elle permet entre autres de maîtriser son corps afin d’atteindre l’indépendance sexuelle. Il est faux de croire que nous avons un quota de plaisir et d’orgasme, que le fait de se masturber diminuera et/ou s’opposera à la relation sexuelle. Bien au contraire, il est vrai que le plaisir solitaire éveille nos sens et notre capacité à entreprendre plus facilement une sexualité relationnelle.

3. Éducation sexuelle : qui est concerné et comment fait-on ?

Nous sommes tous concernés : les jeunes et les moins jeunes adultes et les séniors. À part la sexualité relationnelle, il existe la sexualité personnelle qui peut aussi être virtuelle : la cybersexualité et la pornographie en ligne. Ces dernières, peuvent-elles remplacer l’éducation sexuelle chez les jeunes ?

La cybersexualité correspond à des expériences sexuelles virtuelles ; il en existe deux formes :

  • Non interactives (consultations d’images ou films pornographiques)
  • Interactives (sexting, sextape via sexcams, réseaux sociaux)

 

Ce qui caractérise ce type d’expériences sexuelles, c’est leur mode de communication virtuelle, plus ou moins passive, par écran interposé. Détachée de la réalité ; elle crée un isolement non négligeable dans la sexualité humaine vers une forme d’autosuffisance sexuelle. Si ces images peuvent sans aucun doute constituer des supports utiles chez l’adulte pour pimenter sa vie conjugale, inspirer sa technique, élargir sa vie fantasmatique et l’aider à améliorer son excitation, sa capacité éjaculatoire, l’impact chez les jeunes n’est pas tant bénéfique. Globalement, vient se surajouter chez le garçon adolescent une pression de performance ; chez la jeune fille une image corporelle réductrice instrumentée et décentrée de son plaisir au profit du culte du phallus.

De plus, plusieurs sens sont supprimés : le toucher, l’odorat, le goût. Par conséquent, les voies physiologiques du plaisir se retrouvent court-circuitées, et ne peuvent se développer normalement. L’impact délétère majeur qu’il faut redouter est la cyberaddiction pour toutes générations confondues. Le manque de contrôle est au centre de la problématique.

Le rôle du sexologue est d’aider son patient à développer le langage d’une réponse sexuelle positive et, face à une consommation de cybersexualité, de savoir poser la bonne indication et en faire bon usage, prévenir des dangers, et en expliquer la différence par une éducation sexuelle personnalisée, adaptée à son âge, à son sexe et à sa maturité sexuelle.

 

  • Ce qu’il ne faut pas faire

 

Dans la majorité des pays, l’éducation sexuelle à l’école a trait à des éléments naïfs ou à l’inverse néfastes ou pathologiques tels que : les abus, la violence sexuelle, l’inceste, les viols, les grossesses non désirées et l’avortement, les IST qui causent parfois des cancers ou de l’infertilité, les perversions, la pornographie, les dysfonctionnements sexuels…  Autrement dit, on leur apprend ce qu’il ne faut pas faire, pourquoi il ne faut pas le faire et ce que l’on risque si on le fait. Certes, ces informations sont importantes, mais y a-t-il moyen de faire aimer à nos jeunes la sexualité avec une telle approche de sexophobe ?

 

  • Comment bien faire ?

 

Dans une optique de la promotion de la santé sexuelle, notre approche repose sur le langage amoureux, en accordant de l’importance au sens de la sexualité et au bonheur du couple. L’attention portée à l’éducation sentimentale permet d’explorer la voie de l’éveil des sens jusqu’à arriver à conscientiser le plaisir de son corps, et ainsi apprendre à aimer le sexe, à optimiser sa satisfaction sexuelle dans le respect de chacun. Bref, réussir à être, un jour, sexophile, afin d’atteindre si possible la compétence sexuelle, c’est-à-dire acquérir les capacités à donner du plaisir à l’autre, à recevoir de l’excitation (au niveau génital) et à prendre du plaisir (au niveau du cerveau).

Quand on veut suivre un cours sur une activité hédoniste, le but de l’éducateur est de faire aimer le sujet du cours à son public. Au premier cours d’œnologie, l’enseignant ne dira pas « L’alcool nuit gravement à la santé », sauf s’il est œnophobe. Il est vrai qu’un œnophobe n’a pas pour vocation de donner un cours sur l’œnologie. L’œnologue veut faire aimer le vin à son public. Lors de l’initiation à la dégustation, il apprendra à ses élèves à exercer le maximum de sens : la vue, pour voir sa viscosité et limpidité et deviner son âge grâce à la couleur de sa robe pour les vins rouges ; l’approche olfactive qui constitue la première étape et met en jeu la détection et la mémoire des senteurs puisqu’il s’agit d’identifier les arômes présents dans le vin ; la phase gustative pour la curiosité et le plaisir, pour répondre à la question, « Ce vin me plait-il » ? Cette approche n’empêche pas de donner parallèlement des informations sur les conséquences de l’excès de l’alcool qui peut nuire à la santé.

Il s’agit de la même démarche didactique, quelle que soit la discipline. Ceci est d’autant plus pertinent en matière de sexologie qui fait appel à :

  • Un esprit scientifique : le sexologue doit maîtriser les techniques les plus fines mélangeant aussi bien les aspects organiques que psychologiques ; 
  • Au développement et à la mobilisation de la mémoire sensorielle pour activer les zones érogènes spécifiques ;
  • À la créativité du sexologue et du patient qui doit faire preuve de lâcher-prise et d’imagination pour réussir à augmenter son aptitude à fantasmer, à s’autoriser ce plaisir ;
  • Une dose judicieuse de curiosité, de motivation, de persévérance et de patience de la part du sexologue et du patient pour entrainer sa sensibilité et réaliser les exercices adaptés à sa situation.

En tant que sexologues, nous ne devrions pas oublier que personne n’est obligé d’aimer le sexe, comme on ne devrait pas forcément aimer le vin. Ceci fait partie de nos choix éclairés.

4. À quoi sert la sexualité ?

De nombreuses études le démontrent :

  • Faire l’amour rend heureux ;
  • L’état de félicité est excellent pour le système immunitaire.

Le sexe :

  • Favorise un meilleur équilibre hormonal, provoque une explosion d’endorphine (morphine endogène) et d’ocytocine (hormone du lien et de l’attachement) au moment de l’orgasme ;
  • Réduit le stress et l’anxiété ;
  • Est bon pour le système cardiovasculaire et contre la migraine ;
  • Permet de réduire les risques de cancer du sein chez les femmes ;
  • Augmente la qualité du sommeil ;
  • Produit des effets émotionnels positifs en renforçant les relations affectives et en donnant du sens à la vie.

 

In fine, de plus en plus d’études ont démontré que les gens actifs sexuellement et heureux en couple augmentaient leur espérance de vie.

5. Comment font les couples heureux et les autres ?

Tout le monde ne vit pas en couple. Les autres, vivent-ils dans un couple heureux ou malheureux ? C’est quoi la norme ? Couples malheureux, pardi ! Bien évidemment, le mot « norme » est compris dans le sens conforme à la majorité des cas et non comme un modèle à respecter. Ce n’est pas parce que certains modes relationnels dans le couple sont adoptés par le plus grand nombre qu’ils doivent être considérés comme une référence ! Cette remarque est bien illustrée par le nombre croissant de divorce dans nos sociétés actuelles alors que le nombre de mariages diminue !

Pourtant, un mariage malheureux peut avoir un impact dangereux sur la santé générale5,6 : le risque de maladies augmente de 35 %, l’espérance de vie est écourtée et le taux de suicide s’élève, surtout chez les hommes au moment de la rupture amoureuse.

Le bonheur du couple ne pourrait-il alors pas devenir un objectif de santé publique ?

Les couples heureux, qu’ont-ils de différent ou que font-ils de différent que les couples malheureux ne font pas ? Ils se mettent, entre autres, d’accord pour vivre avec des désaccords et ont décidé d’être heureux plutôt que de chercher à avoir raison pour prendre le dessus sur l’autre6.

Les couples heureux et épanouis, comparés aux couples malheureux, sont ceux qui ont maintenu les trois piliers : amitié, sentiment amoureux, et sexualité, tout au long de leur vie conjugale.

En plus, ils se respectent, s’acceptent l’un l’autre tels qu’ils sont, se sentent en sécurité, ont appris à avoir confiance l’un dans l’autre, ont su développer une reconnaissance mutuelle pour le couple et la famille, s’admirent réciproquement, et ont encore des projets communs.

En thérapie conjugale, on apprend aux gens à parler, sans se critiquer ; à se disputer, avec respect ; à faire la paix, sans tirer en longueur la dispute ; à négocier des ententes à double gagnant.

6. Une ressource pour être heureux en couple : vous-même !

Pour être heureux en couple, il convient de trouver aussi bien le bonheur personnel que le bonheur avec la personne aimée. La condition sine qua non est qu’il faut se sentir bien dans sa tête et dans son corps. Certains devraient d’abord travailler, en psychothérapie, leur estime et leur confiance en soi avant de se mettre en ménage. « Le bonheur se trouve seul et se partage » (Magimel).

7. Quels sont les outils en santé sexuelle ?

En sexothérapie, nous aidons nos patients à améliorer leur santé sexuelle par l’apologie de la sexualité personnelle et de la sexualité relationnelle. Nous savons que les trois activités sexuelles (fantasmes, masturbation et relations sexuelles) pratiquées régulièrement aident à maintenir la libido élevée. Même si nous n’avons aucune donnée quant à la fréquence d’activité sexuelle idéale pour les femmes, pourquoi ne pas parler aux hommes des avantages de 5 éjaculations hebdomadaires sur la santé de leur prostate ?

Le fait d’avoir une bonne image corporelle et d’avoir érotisé le maximum des zones érogènes potentielles de son corps participe au lâcher-prise essentiel pour obtenir du plaisir et atteindre l’orgasme et une bonne satisfaction sexuelle.

Conclusion

Pour aider nos patients à atteindre un épanouissement sexuel, à une sexothérapie peuvent être ajoutées une thérapie de couple et une éventuelle psychothérapie personnelle si les indications se posent (travail sur la confiance en soi, l’estime de soi, la gestion de ses émotions, etc.). Puis, pendant la thérapie d’un trouble sexuel spécifique, apprendre aux gens à érotiser leur propre corps, celui de l’autre et à utiliser les trois activités sexuelles avec les bonnes techniques.

Ce genre de traitement fonctionne avec les patients curieux et motivés qui veulent se perfectionner, évoluer, se développer dans la sexualité. Pour les patients « touristes » ou se présentant comme victimes, c’est à nous sexothérapeutes, de faire émerger le désir de plus de bonheur personnel et relationnel. Nous avons des outils psychothérapeutiques pour que le patient puisse prendre conscience de ses blocages et leur donner un sens.

 

Donnons plutôt des conseils basés sur des données probantes au lieu de dire qu’il n’y a pas de norme dans le domaine de la sexualité.

 

Nous, sexologues et médecins intégrant la dimension sexuelle dans la prise en charge globale, y travaillons de manière multidisciplinaire, afin de comprendre et tester tous les outils qui sont à notre disposition afin d’arriver à la santé sexuelle et à la maintenir. 

Aborder les comportements sexuels est une tâche complexe, mais passionnante, qui fait tout l’art de notre métier de sexologue.

Bibliographie

1Psalti, Iv. Sexualité Positive, La Musardine, Paris, 2019.

2André Dupras, Sexologie actuelle, Volume XVI, no 1, printemps 2007, p. 5-8.

3Archive wikiwix.com sur agora.qc.ca 

4 Graham G et al., JAMA, p. 292-329, 2004.

5Gottman, John M. et Nan Silver, Les couples heureux ont leurs secrets. Les sept lois de la réussite. France, J. C. Lattès, 2000.

6Dallaire, Yvon. Qui sont ces couples heureux ? Éd. Option Santé, 2006 (disponible en numérique à https://yvondallaire.didacte.com/a/course/19283/description).

 

Les auteurs sont les membres fondateurs de l’AFPSS (Association Francophone de la Promotion de la Santé Sexuelle) : www.sexophilharmonie.com

Dr Iv PSALTI, (B) docteur en sciences biomédicales, sexologue clinicien.

Prof Dr Christine REYNAERT, (B) médecin psychiatre, sexologue et thérapeute de couple.

Prof Dr Pierre VICO, (B) médecin spécialiste en chirurgie plastique, sexologue.

Prof Dr Marco SCHETGEN, (B) médecin, ancien doyen de la faculté de médecine de l’ULB.

Yvon DALLAIRE, (CDN) Maitrise en psychologie (M.Ps.) et conseiller conjugal.

Dr Lionel BURON, (F) médecin psychiatre, psychanalyste, sexologue clinicien.